Depuis près d’une décennie, Francis Ngannou incarne pour des millions d’Africains un symbole de résilience, d’audace et de réussite internationale.
Parti de rien à Batié, ayant connu la rue, l’exil, les échecs et les nuits sans toit à Paris, il est devenu champion du monde UFC, icône mondiale du MMA, et aujourd’hui boxeur poids lourd respecté jusque dans les cercles les plus fermés du sport de combat.
Mais une question brûle désormais les réseaux sociaux camerounais : Francis Ngannou est-il encore pleinement apprécié dans son propre pays ?
Cette interrogation, jadis impensable, s’impose aujourd’hui et influence même sur le choix des amateurs de paris sportif qui espèrent remporter le jackpot sur ses combats. Car l’image du « Predator », autrefois unanimement respectée, s’est peu à peu fissurée à travers 2 grandes controverses :
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Ses supposées proximités avec des figures politiques, notamment Franck Biya.
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L’ancienne affaire d’un accident impliquant une jeune fille à Yaoundé, avec des récits contradictoires qui ont marqué les esprits.
Entre admiration, déception, incompréhension et parfois colère, le rapport entre Ngannou et le public camerounais est devenu complexe.
Voici une analyse détaillée de MMADeferlante.com pour comprendre ce tournant inattendu.

L’ascension d’un héros national : un parcours qui force toujours le respect
Avant d’aborder les controverses, il faut rappeler un fait indiscutable : Francis Ngannou demeure l’une des plus grandes fiertés sportives de l’histoire du Cameroun.
De son village de Batié aux plus grandes salles de Las Vegas, son histoire reflète ce que vivent des milliers de jeunes Camerounais :
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pauvreté extrême,
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absence de perspectives,
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envie d’un avenir meilleur,
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et nécessité de partir.
Ngannou, par son courage, a montré qu’un enfant né sans ressources pouvait défier les plus grandes puissances sportives du monde. Même aujourd’hui, malgré les débats, une large partie de la population reconnaît toujours ce parcours exceptionnel. Pour Africafoot, le média sportif, ce parcours ressemble à celui de Samuel Eto’o l’autre icone camerounaise.
Mais les figures très aimées deviennent souvent celles que l’on scrute le plus durement lorsque les polémiques arrivent.
Et pour Ngannou, elles se sont accumulées.
La polémique Franck Biya : une simple photo devenue un symbole
Lorsque Francis Ngannou apparaît aux côtés de Franck Biya, les réseaux sociaux camerounais se sont immédiatement enflammés. Le Cameroun est un pays où la moindre image est lue politiquement. Ainsi, apparaître avec :
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le fils du président,
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soutien implicite du RDPC,
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figure déjà associée à une possible succession dynastique,
a été interprété par beaucoup comme un ralliement ou du moins une sympathie politique.
C’est à ce moment qu’est né un qualificatif blessant et lourd de sous-entendus : « sadinard », terme désignant une personne supposée proche du régime, parfois opportuniste, parfois intéressée.
Francis Ngannou n’a jamais revendiqué publiquement un engagement politique. Mais la perception, dans ce contexte, vaut souvent plus que les faits. Et une partie du public lui en a immédiatement tenu rigueur.
L’affaire d’accident meurtrier : un épisode encore mal compris, mais bien présent dans l’imaginaire collectif
Une autre zone sensible ressurgit régulièrement : l’accident impliquant la mort d’une jeune fille au quartier Omnisports, à Yaoundé. Les versions publiques, rumeurs, récits et interprétations divergent, mais l’épisode reste fortement ancré dans la mémoire collective camerounaise.
Pour une frange de l’opinion, ce drame est l’un des premiers moments où Ngannou a été perçu comme protégé, ou du moins inaccessible, loin de son image d’homme du peuple.
Même si les faits n’ont jamais été clarifiés avec la précision judiciaire attendue, l’accident a contribué à une méfiance durable notamment chez ceux qui estiment que le silence autour de l’affaire a été maladroit.
@mediatudecmr 🔴[VIDÉO-REPLAY] Face à Jean-Bruno Tagne sur Naja TV, Francis Ngannou revient sur les circonstances de l’accident dans lequel il était impliqué et qui a causé la mort d’une jeune fille. #Médiatude
L’entretien avec Jean-Bruno Tagne : la rupture d’équilibre
Dans son entretien sur la plateforme NAJA TV, dans le talk-show « Autant le dire », Francis Ngannou se retrouve face au journaliste Jean-Bruno Tagne, figure respectée et redoutée pour son franc-parler.
C’est là que s’opère un tournant majeur, un moment clé dans la perception publique du champion.
Francis Ngannou prudent, silencieux ou ambigu ?
Pendant longtemps, les Camerounais reprochaient à Ngannou une forme de neutralité politique, jugée parfois trop calculatrice, parfois déconnectée.
Dans un pays où les artistes et sportifs sont souvent enrôlés malgré eux dans chaque polémique nationale, son silence était perçu par certains comme une forme de distance envers les préoccupations du peuple.
Mais l’entretien va tout changer.
Francis Ngannou surprend les camerounais : « Je ne voterais pas pour Paul Biya »
Interrogé sans détour sur sa position politique et sur un potentiel choix électoral, Francis Ngannou répond avec une franchise inattendue :
« Si je devais voter, je ne voterais pas pour Paul Biya. »
Une phrase courte, limpide, directe, mais lourde de conséquences dans un pays où la parole publique est scrutée au millimètre.
Francis Ngannou ajoute, allant encore plus loin :
« S’il était mon père, je devrais lui demander de ne plus se présenter aux élections, qu’il se repose… La réalité, c’est que le pays ne va pas ; à un moment donné, il faudra qu’on se dise des vérités. »
Cette phrase, retransmise massivement, provoque une onde de choc.
« En 43 ans, il a déjà donné ce qu’il avait à donner »
Dans une analyse plus profonde encore, Ngannou déclare :
« En 43 ans, il a déjà donné ce qu’il pouvait donner… S’il avait été mon père ou même mon grand-père, je ne lui aurais pas conseillé de continuer. »
Ce passage symbolise la rupture totale avec les interprétations qui le présentaient comme favorable au régime.
Ce qui frappe dans cet entretien, c’est qu’il ne s’agit pas d’une critique émotionnelle, mais d’une analyse calme, posée, réfléchie, presque paternelle.
Francis Ngannou adopte la posture d’un sportif qui veut protéger son pays, non pas l’attaquer.
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Comment ces propos ont-ils été perçus au Cameroun ?
Les réactions ont été multiples :
- Une immense partie du peuple a salué son courage : Pour beaucoup, enfin, Ngannou parle. Enfin, il se positionne clairement, sans détour, comme une voix libre. Dans les quartiers populaires et dans la diaspora, ses propos ont été applaudis.
- Les partisans du RDPC ont accueilli la sortie avec froideur : Certains militants ont dénoncé une « prise de position intempestive », d’autres ont relativisé ses paroles en les présentant comme un simple avis personnel.
- Les sceptiques ont rappelé ses anciennes fréquentations : Notamment sa proximité perçue avec Franck Biya, utilisée comme argument pour dire : « Il dit ça maintenant, mais où était-il avant ? »
- Les neutres estiment qu’il a simplement exercé son droit citoyen : Ils voient en lui un sportif exprimant une opinion, rien de plus.
Francis Ngannou n’a pas perdu son statut comme héros sportif, mais il a perdu l’unanimité populaire, ce qui est souvent le destin des grandes figures publiques. Maintenant, l’histoire n’est pas terminée. Elle dépendra autant de ses actes futurs que de la manière dont le peuple camerounais choisira de redéfinir son attachement à lui.






